Les masques de plomb

Un fascinant dossier inexpliqué mêlant criminalité et ufologie, où l’armée brésilienne est restée sous silence depuis plus de 60 ans.

Cette étrange affaire s’est passée en aout 1966 à Niterói, une petite ville appartenant à l’Etat de Rio de Janeiro, au Brésil. A cette époque, la capitale perdit son statut fédéral 6 ans plus tôt et l’emplacement de Niterói était différent de ce que l’on connait de nos jours, puisque le pont Rio-Niterói sépare désormais de 13 km les deux villes bien distinctes. La grande statue du Christ rédempteur domine depuis les hauteurs du mont du Corcovado, et l’étendue des zones forestières situées plus à l’ouest était plus importante.

Morro de Vintèm, le 20 aout 1966. Ce jour-là, un randonneur âgé de dix-huit ans se met au défi de grimper les collines de Vintem pour profiter de la chaleur et du vent présents au sommet du pic montagneux dans le but de se divertir avec son cerf-volant. Mais une fois arrivé dans les hauteurs, il sera gêné par une forte odeur désagréable, et décide d’en connaitre la provenance. En s’approchant d’un arbre, et s’enfonçant parmi les fourrés, il fait la macabre découverte de deux corps en putréfaction, allongés sur le dos l’un à côté de l’autre. La journée qui s’annonçait comme rayonnante sera soudainement perturbée par cette vision cauchemardesque.

Sans tarder, effrayé mais tout en gardant son calme, Jorge Da Costa Alves dévale la colline et s’arrête à la plus proche cabine téléphonique pour prévenir la police. Mais la zone décrite est un endroit trop difficile d’accès pour y faire intervenir de suite une équipe complète dans de bonnes conditions, et les forces d’ordre arriveront sur place avec tous les outils nécessaires dès le lendemain matin.

L’ENQUETE SUR LE TERRAIN

A leur tour, ils constatent la présence des deux malheureux cadavres allongés sur le dos. Il s’agit de deux hommes, dont la position fait penser qu’ils se sont endormis à la belle étoile, comme s’ils observaient patiemment le ciel, et que leurs corps soient restés figés ainsi jusqu’à leur découverte, dans un état de décomposition avancée depuis plusieurs jours. Bien que cette funeste scène soit en elle-même déjà particulièrement étonnante, d’autres éléments étranges et perturbants attireront la curiosité des autorités.

En effet, ils remarquent rapidement qu’ils portent les mêmes habits, qu’ils sont chacun vêtus d’un costume cravate, et tous deux sont recouverts par un imperméable jaune identique. Autre fait troublant, leurs yeux sont recouverts d’un masque à l’apparence douteuse. En continuant leurs recherches sur place, les policiers essayent de relever les moindres indices qui leur permettraient d’en savoir un peu plus et recensent trois objets se situant à proximité des deux corps : une bouteille d’eau vide, un sac contenant deux serviettes, un étrange appareil électrique et un mouchoir. Ils trouvent aussi dans leurs poches des papiers d’identités, de l’argent liquide et un carnet contenant une note très claire chargée d’instructions, accompagnée d’une feuille sur laquelle sont écrites des formules mathématiques et des schémas incompréhensibles.

Ce carnet sera mis de côté dans un premier temps mais s’avérera important par la suite. Concernant leurs identités, deux noms ressortent et donnent une première piste : il s’agit de Manoel Pereira de Cruz et Miguel Jose Viana, deux pères de famille respectivement âgés de 32 et 34 ans, et originaires de Campos dos Goytacazes. Pour vérifier si les photos d’identités correspondent aux visages des corps, les enquêteurs décident de revenir sur les masques pour les oter puis les examiner de plus près. Ils comprennent qu’ils s’agit en fait non pas de masques mais de lunettes, découpées grossièrement à partir de plaques de plomb. Aux yeux des enquêteurs, il n’y a vraiment rien de cohérent dans toute cette histoire. Mais ça ne va pas s’arrêter là…

L’AUTOPSIE ET DE CURIEUX INDICES

Minutieusement, l’autopsie pratiquée sur les deux corps ne révélera aucune trace de coups ni la moindre blessure physique. Le médecin-légiste chargé de cette opération procède tout de même à quelques maigres examens toxicologiques mais devant l’état de décomposition trop avancée, il lui sera impossible de relever la moindre substance. La piste de l’empoisonnement est ainsi écartée et sans preuves concluantes le rapport mentionnera que la cause des décès été provoquée par une crise cardiaque au même moment.

Durant ce temps, la bouteille d’eau retrouvée révèle des traces de magnésium et suggère qu’elle en fut remplie. La police brésilienne continue de mener l’enquête pour recueillir le plus de renseignements possibles et à partir de l’identité des deux hommes, elle parvient à retracer leur parcours. Ce sont deux ingénieurs travaillant dans une usine d’électricité de Campos dos Goytacazes, située à près de 300km d’où leurs corps ont été retrouvés. Ils sont partis de chez eux en bus le 17 aout en prétendant acheter du matériel pour leur travail et arrivent directement à Niterói vers 14h30. Ici, ils achètent leurs imperméables sur place et la bouteille d’eau dans un bar. La serveuse se souvient d’eux et avait remarqué que l’un des deux hommes, Miguel, se montrait assez nerveux et regardait souvent sa montre. Il semblerait qu’ils se soient ensuite directement rendus à pied jusqu’au sommet de la colline.

Il est bien dommage que les résultats de l’autopsie tant attendue n’aient rien donné, car lorsque les enquêteurs se penchent sur les seuls indices qu’ils possèdent, à savoir la petite note d’instructions, ils se retrouvent devant une impasse. On peut y lire ceci :

“A 16 h 30 : Se trouver à la localisation convenue
À 18 h 30 : Avaler les pilules et après effet, se protéger le visage avec les masques et attendre le signal…”

Il sera difficile de savoir si cette petite note a été donnée par une tierce personne, ou si l’un des deux hommes a écrit lui-même ses instructions. Mais surtout dans quel but et pourquoi ? Ont-ils eux-mêmes élaborée une recette à base de drogues, et ces pilules ont-elles finalement pu leur provoquer une crise cardiaque ? Devant tant de questions sans réponses, les enquêteurs piétinent et confient le dossier à un inspecteur spécialisé habitant dans la région…

LA PISTE UFOLOGIQUE

José Venancio de Bettencourt est un homme très méthodique. Avec le peu d’indices en sa possession, il décide d’interroger le voisinage et entendra un premier curieux témoignage. Une femme déclare qu’elle a aperçu en fin de la journée du 17 aout depuis chez elle un objet volant de forme ronde oscillant dans le ciel, très lumineux s’immobilisant quelques minutes au-dessus de la colline de Vintem avant de repartir à une vitesse folle. L’inspecteur prend acte de ces paroles mais ne lui accorde cependant que bien peu de crédibilité, et décide tout de même de lancer un appel a témoins dans la presse locale.

C’est alors qu’une autre femme va d’elle-même se rendre au commissariat pour témoigner de ce qu’elle a vu le 17 août 1966 entre 19h10 et 19h20. Cette mère de famille explique qu’elle roulait avec ses trois enfants près de la colline de Vintem lorsque l’un d’eux l’interpelle et lui a dit de tourner la tête vers le ciel. Gracinda Barbosa Coutinho do Souza y perçoit un objet volant immobile pendant quelques minutes, de couleur orange fluorescent, d’une forme ovale et qui semblait lancer des éclairs.

Quelques témoignages similaires se multiplient, et a première vue les témoins ne se connaissent pas entre eux. La police trouve cela bien étrange et y voit clairement un lien sans pour autant pouvoir n’y donner aucune explication…


UN TEMOIN INATTENDU

Le 27 août 1966, nouveau rebondissement. La police a arrêté un homme pilote dans l’aviation civile et ami des deux victimes. Il se nomme Elcio Gomes, semble une personne plutôt équilibrée et sans antécédent particulier, mais son interrogatoire va révéler des choses extraordinaires auxquels les enquêteurs pensaient avoir tout entendu, mais ils étaient finalement encore bien loin du compte. Ce dernier va leur avouer faire partie d’un club secret qui regroupe des adeptes de spiritisme : les “Scientific Spiritualists”.

Mais Gomes ne s’arrête pas là et leur apprend que Manoel Pereira de Cruz et Miguel Jose Viana en étaient également membres. Ce groupe élitiste avait pour habitude d’utiliser des substances psychotropes afin d’entrer en contact avec des êtres venus d’ailleurs, et les deux hommes avaient le projet secret de créer une communication directe grâce à leurs connaissances en électronique. Il aurait lui-même assisté à un tel événement lorsqu’il rejoint les deux ingénieurs un certain soir du 13 juin 1966. Selon ses dires, cela s’est passé sur la plage d’Atafona au nord-est de Rio de Janeiro où une lumière très intense est apparue le long du rivage, serait restée en vol stationnaire au-dessus d’eux durant environ cinq minutes avant de repartir dans le ciel à une vitesse époustouflante.

Une scène surréaliste qui ferait rire beaucoup de monde dont les enquêteurs en premiers, pourtant des témoignages viendront corroborer en ce sens. Des pêcheurs locaux ont affirmé avoir aperçu un ovni lumineux dans le ciel au dessus de la plage d’Atafona avant de s’éclipser, et un autre témoignage de taille aurait concerné l’armée brésilienne qui enquêtait de son côté en précisant que les militaires ont capté des messages radio inconnus depuis cette date. On ne saura jamais si un troisième homme était intervenu dans cette affaire, où si les deux ingénieurs étaient morts ensemble d’une overdose de drogue le 17 aout 1966.

La presse a peu publié ce dossier, mais on apprendra qu’un article de presse du Folha de Sao Paulo en date du 31 août 1962 mentionne la mort inexpliquée d’un homme au sommet du mont Cruzeiro, près de Neves, toujours au Brésil. Celui-ci avait de solides connaissances en électronique et qu’il portait lui aussi un mystérieux masque de plomb sur le visage…

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