Ah oui ce manoir. Ce fameux manoir. Parlons-en tiens, depuis le temps. Maintenant que le calme est (enfin) revenu. Voici les photos d’origine.
Si j’avais su qu’il tournerait autant sur les réseaux, je l’aurais appelé Manoir Judas tellement à cette époque j’ai reçu des coups de couteaux dans le dos. Et j’en aurais vu des conneries. Pas uniquement concernant ce manoir en particulier, mais pour quelques uns dans les environs, j’ai été contraint de supprimer des photos, à cause de la connerie des autres. Merci encore… Je trouve enfin la motivation d’écrire cet article.
A ce moment, j’étais en plein apprentissage de mon Reflex et du smartphone de l’époque. Les photos sont donc de qualité diverses et médiocres. J’y ai découvert un lieu chargé d’histoire : des lettres manuscrites signées de Napoléon, une atmosphère particulière, des objets anciens et authentiques qui n’existent plus, oubliés et figés dans le temps. Un vrai spot comme on en rêve. La « hype » est passée, des photos et des vidéos ont tourné partout, et avec elles sont arrivés les premières dégradations, puis les premiers pillages.
Des objets ont disparu, dont ces précieuses archives que j’avais pris le temps de documenter. Quand j’y suis retourné plus tard, l’âme du lieu n’était plus là. Ce n’est pas seulement dommage. C’est révélateur. Dans l’urbex, il y a ceux qui explorent pour le respect, la discrétion et la préservation d’un moment hors du temps. Et il y a les balances : celles et ceux qui ne peuvent pas garder une adresse vierge plus de quelques jours sans la poster, la mettre en story, la balancer dans un groupe public ou même carrément la vendre. Souvent accompagnée de la phrase magique : « Respectez le lieu les gars… » On connaît la suite par cœur. Le spot devient célèbre, les pilleurs et les crétins arrivent, et quelques mois plus tard on lit le classique « dommage, tout est détruit maintenant ». Comme si personne ne pouvait le prévoir. Bravo Einstein.
Heureusement, j’ai tout de même gardé (en photos) ces archives de lettres authentiques signées par Napoléon que peu d’explorateurs ont eu l’occasion de remarquer. Elles ont disparu lorsque j’y suis retourné. La statue a disparu. Les douilles ont disparu. Des meubles ont disparus ! Ces lettres, j’ose espérer que ce soit quelqu’un d’intègre qui les a récupéré, pour ensuite les déposer dans un musée. Je possède les photos de toutes les pages de ces manuscrits, si nécessaire. Emporter des objets pour les sauver, c’est un long débat qui peut avoir lieu ici. Heureusement, une lettre accompagnée d’une prière de bénédiction me réconforte sur la protection de ce manoir… Et de son son avenir.
Partager un spot déjà bien connu et vidé pour commencer, pourquoi pas. Mais on a rien sans rien. Cherchez, et vous trouverez. Aide-toi, et le Ciel t’aidera. Par contre, balancer publiquement un lieu encore intact, ce n’est pas « faire découvrir la beauté ». C’est souvent signer son arrêt de mort. C’est transformer un bout de patrimoine oublié en self-service pour influenceurs du dimanche et chineurs sans scrupules. La confiance dans ce milieu est devenue un luxe rare. Donner une adresse, c’est confier bien plus qu’un point GPS : c’est confier un lieu, son histoire, et la responsabilité de ne pas tout gâcher. Et parfois, cette confiance peut être trahie par une personne très proche.
À tous ceux qui balancent sans réfléchir : assumez. Assumez d’être les Père Noël des pilleurs et les Judas du patrimoine oublié. Assumez de tuer les rêves des autres pour quelques likes et un peu de reconnaissance dans le milieu. Les vrais restent discrets. Ils documentent, ils respectent, et ils savent que certaines portes gagnent à rester fermées un peu plus longtemps…
Voici les premières photos, d’origine, prises en 2020 :
La pièce principale, un salon plutôt chaleureux, encore intact et préservé à l’époque.

Différents instruments de musique donnaient un ambiance parfois joyeuse ou mélancolique.
Les touches de ce piano fonctionnent encore, et résonnent désormais pour accentuer le silence.
La musique, le chant et l’écriture permettent de contextualiser l’identité du manoir.
Cette magnifique statuette sur la cheminée avec un jeu de miroir ajoute une touche de caractère.

Prière pour la protection des maisons. Malheureusement le nombre de passages ne peut pas éternellement épargner les convoitises…
La salle à manger, vide et poussiéreuse, rendait l’atmosphère presque fantomatique…

Le bel escalier d’antan, laissait deviner un étage prometteur.
Des animaux empaillés. Certains ont tout de même réussi à l’emporter lui aussi…
La première chambre avec son décor et ses éléments d’époque, nous fait voyager dans le temps durant quelques instants.
L’ensemble de ces beaux meubles permettent de comprendre que c’était la chambre d’un des enfants.

Une sublime bibliothèque restée dans son jus,
La deuxième chambre, d’une jolie tapisserie bleue, avait aussi un charme authentique.
La Vierge à l’Enfant, peinture religieuse de Filippo Lippi.
La troisième chambre était la plus intéressante, et probablement celle des parents.
Dans le coffre-fort, de très vieux papiers étaient entassés, ainsi que dans les tiroirs du bureau.
Une photo-souvenir en noir et blanc, et des lettres très anciennes signées par Napoléon. Emportées elles-aussi…
Le plafond commence sérieusement à s’éffondrer sur la télévision et les cadres-souvenirs.

Tous ces objets n’existent plus et appartiennent au siècle passé…

Une autre chambre d’enfant, en décrépitude. On imagine une petite fille étudier sur son bureau.

Au fond du grand couloir, une dernière chambre pour cet étage.

Bien que petite, celle-ci comprenait un évier et une cheminée, sur laquelle repose un superbe miroir.

Le grenier était particulier. Il y avait une dernière chambre, où étaient entreposés de nombreux jouets d’enfants.

Une ambiance particulière là aussi, avec ces petits lits d’époque pour bébés.
Les couvertures sont encore suspendues sur les cordes à linge depuis plusieurs décennies.
Des tas de livres d’un autre temps dans une imposante armoire.
Livres d’école… « Cours pratique d’arithmétique ».
Toutes ces librairies n’existent plus aujourd’hui, comme si c’était un autre monde…
Puis voici les photos plus récentes, prises en 2024…

Dos à l’escalier, la porte d’entrée avec le salon à côté, qui est tristement méconnaissable…
La salle à manger est la pièce qui a subi le moins de dégâts.
La première chambre gardait elle aussi son charme et son caractère, vu d’un angle différent.
En retournant sur les lieux, on a un regard nouveau sur d’autres objets, comme ici dans la chambre bleue.
Ou ce placard qui cachait une pharmacie, avec des produits probablement en provenance d’un ancien apothicaire, loin de notre époque.
La chambre « Napoléonienne », celle des parents, où le plafond continue de s’effondrer petit à petit…

Le secteur électrique, le téléphone et le poste radio. C’était tout un système…

En comparant les photos, on peut s’apercevoir que le bureau à lui aussi disparu…
Le grenier, avec son vélo emblématique et tous les souvenirs d’enfant qu’il contient. Décidément, ce magnifique manoir a une sacrée belle histoire, et les pilleurs ne pourront jamais emporter la mémoire du coeur. Ils sont ancrés dans le temps. Les lettres manuscrites du Ministère de la guerre suscitent un intérêt historique, évaporées dans la nature, en espérant qu’elles soient à l’abri. Je possède cependant les photos de chaque page, datées d’il y a deux siècles, avec l’écriture manuscrite signée et officialisée du timbre impérial.







